Un business plan, un prévisionnel financier, un argumentaire commercial sont autant d’outils qui représentent, parmi d’autres, des étapes incontournables pour le futur entrepreneur. Le parcours méthodologique est ainsi bien fléché, il va alimenter l’indispensable réflexion du porteur de projet. Cependant l’application à la lettre de cette méthode standardisée ne représente nullement une garantie de succès du projet de création d’entreprise sauf à intégrer pleinement le porteur de projet lui-même au cœur du dispositif. Le créateur devra nécessairement s’immerger au cœur d’une réflexion et d’une introspection pour lui permettre de créer et d’ancrer son propre récit, étape fondatrice et essentielle.
Je propose de faire cet indispensable et vital pas de côté pour permettre au porteur de projet de prendre le temps de travailler sur son récit qui sera un atout pour clarifier sa posture et le sens de son projet . Réaliser un travail sur soi-même est en effet un préalable indispensable car entreprendre est aussi un miroir parfois cruel et un choix de vie qui n’a rien d’anodin.
Il est aussi de la responsabilité des professionnels qui accompagnent les créateurs d’apporter de la clairvoyance et de la sincérité sur le monde réel qui attend les entrepreneurs. Il s’agit notamment de faire la chasse aux lieux communs, aux clichés et aux contre-vérités. Démystifier l’entrepreneur génial qui va rencontrer un succès fulgurant en quelques mois : ce n’est pas décourager les porteurs de projet mais au contraire mettre à la portée de tous un entreprenariat raisonné et assumé. Prévoir, anticiper et préparer le lancement de son projet sont bien entendu indispensables mais il faut aussi expliquer comment les projets naissent réellement, grandissent et comment les entreprises trouvent leur premier client.
Les porteurs de projet devront donc très vite apprendre à dissocier clairement la carte et le territoire. Comme les mots ne sont pas les choses qu’ils désignent, les prévisions du créateur peuvent être possiblement éloignées des premiers résultats obtenus ; l’expérience de confrontation avec son marché peut s’avérer décevante. Anticiper cette hypothèse n’est nullement une faiblesse mais au contraire un avantage considérable pour rebondir au plus vite.
Ainsi, il convient d’apprivoiser un concept qui pourrait constituer une carte maîtresse et un atout primordial pour faire face aux inévitables incertitudes annoncées. « Faire avec ce que l’on a » et « agir en perte acceptable » sont les deux premiers principes de l’effectuation, un concept dont l’application concrète est réellement à la portée de tous, une démarche passionnante, complémentaire et ludique qui pourrait apporter l’essentiel aux porteurs de projet : une clairvoyance enchantée.
Michel Aublanc est multi entrepreneur depuis plus de 30 ans .
