
Jean-Marc a 57 ans, il y a deux ans il a été licencié, il n’a pas retrouvé d’emploi et son allocation chômage s’achève bientôt, il lui reste pourtant au moins sept années à cotiser pour ouvrir ses droits à la retraite. Même si le taux d’emploi des seniors n’a jamais été si haut, lorsque les salariés de plus de 50 ans perdent leur emploi, le retour à l’emploi reste des plus compromis plus l’âge avance. Pour Jean-Marc, la création d’entreprise représente donc la dernière option possible pour lui permettre de possiblement générer des revenus mais surtout de continuer à cotiser pour sa retraite.
Inciter les demandeurs d’emplois à devenir entrepreneurs est un objectif récurrent des pouvoirs publics depuis des années afin de réduire autant que possible le nombre d’allocataires. France travail innove en proposant un dispositif particulièrement pertinent : l’ARCE (Aide à la Reprise ou la Création d’Entreprise) qui permet notamment d’utiliser une partie de ses droits au chômage sous forme de capital pour construire son projet.
L’entrepreneuriat devient nécessité quand le projet de création d’entreprise est contraint, sans projet préalable, pour répondre à une nécessité purement économique, d’obtenir un revenu, faute d’alternative professionnelle. Comme le révèle une étude de la revue de l’entrepreneuriat, les entrepreneurs de nécessité ont des comportements différents avec souvent un niveau d’ambition moins important, une motivation qui reste souvent à construire et surtout un besoin de reconnaissance sociale dans un environnement où la pression familiale peut s’avérer très importante.
Cette situation engage les professionnels de l’accompagnement, surtout dans la phase d’émergence, car il s’agit de les accompagner à trouver la bonne idée et de les aider à pouvoir démarrer rapidement. Plonger cette typologie de candidats très rapidement dans les outils méthodologiques comme l’ étude de marché et le business plan peut s’avérer anxiogène et contre-productif. Il s’agit en premier lieu de transmettre le goût d’entreprendre, de développer un business, des compétences, des valeurs et motivations.
Il devient indispensable de prendre le temps d’une écoute active et proposer une approche ludique comme la fabrique à idées ou les outils de l’effectuation qui permet de concevoir un projet en fonction de ce que l’on est (compétences, formation, personnalité) ce que l’on possède (capital, savoir-faire, passions) et quels sont nos relations (amicales et professionnelles).
La problématique repose sur le fait que cette typologie de public n’est pas identifiée dans l’accompagnement des grands acteurs généralistes comme France travail ou la CCI. En effet, ce type de porteurs de projets se retrouve dans des dispositifs standardisés avec des créateurs d’entreprise d’opportunités aux enjeux bien différents.
En revanche, les publics spécifiques comme les migrants et les réfugiés sont bien ciblés par les quelques acteurs spécialisés comme Singa, La ruche ou Solidarité Migrants Entrepreneurs qui ont développés des programmes d’accompagnement adaptés. « L’entrepreneuriat redonne confiance, apporte de la reconnaissance et permet aux réfugiés et aux migrants de gagner en indépendance » conclut un responsable de l’incubation de l’ONG Singa à Paris.Loin des promesses de la « startup nation », l’entrepreneuriat représente aussi un vecteur d’intégration sociale des porteurs de projet qui, pour des raisons diverses, souffrent d’un déclassement sur le marché du travail.
